À propos de l’oeuvre: Cette œuvre, intitulée Visage aux yeux écorchés et réalisée en 2018 par Benjamin Carbonne, se présente comme une peinture acrylique sur bois, dans laquelle l’artiste développe une approche expressive et introspective du portrait. La figure, traitée à mi-chemin entre apparition et effacement, émerge d’un fond brun brut laissant apparaître la matérialité du support. Le visage, frontal mais instable, semble en tension, comme traversé par des gestes rapides et nerveux. Les yeux, partiellement effacés ou brouillés par des empâtements et des traces blanches, deviennent le point focal de la composition, évoquant une forme de vulnérabilité, voire d’altération de l’identité. La palette, volontairement restreinte à des tons sombres – noirs, gris, bruns, est ponctuée de rehauts plus clairs qui sculptent les volumes du visage et accentuent la dimension dramatique de l’ensemble. Le traitement du buste, laissé inachevé vers le bas, renforce l’impression de dissolution progressive de la figure dans la matière. L’œuvre s’inscrit ainsi dans une recherche autour de la présence humaine, de la mémoire et de l’effacement, où la peinture devient un terrain d’exploration psychologique autant que plastique.
À propos de l’artiste: Il est né en 1970 à St Martin d’Hère dans l’Isère, en France. Il vit et travaille à Montpellier depuis 2004. C’est un artiste autodidacte qui peint uniquement en noir et blanc depuis plus de 30 ans. Ses influences s’étendent des sculpteurs de la Renaissance, pour la technique classique, aux peintres Goya et Vélasquez, pour l’ombre et la lumière et leurs représentations sociales, à Francis Bacon, pour la violence des distorsions intellectuelles. Avide de connaissance, il étudie l’anatomie à la faculté de Médecine de Montpellier, au Musée de l’Anatomie. La puissance de la vie et la force de ses valeurs constituent le socle de sa peinture auxquels s’ajoutent sa vision de l’humanité et de la condition humaine. Il nous montre les personnes qui nous entourent en allant au-delà du visible et, d’une réalité qui n’est qu’apparence. Il cherche à comprendre ce qui nous anime tant dans le simple contact de l’être que dans celui des tourments, de l’angoisse ou de la plénitude de l’amour. Il nous montre des corps défaits de tout artifice social, dans leur simple nudité qui traduit nos pensées, nos phantasmes et nos rêves. Des œuvres et rencontres particulières ont marqué son parcours : la commande d’une « Pietà » pour l’Église St Eustache à Paris 2010, la commande d’une œuvre en hommage à Vladimir Velickovic en 2019 par un mécène pour le musée de Zagreb, la rencontre avec Ernest Pignon Ernest en 2016, avec René Koering de l’Opéra de Montpellier. Benjamin Carbonne est un artiste édité et référencé dans « 200 œuvres de chair et de sang - expressionnisme contemporain » de Antoine Campos.
Avis de l’expert: Cette pièce de Benjamin Carbonne témoigne d’une maîtrise affirmée du langage pictural et d’une sensibilité particulière dans l’approche du portrait contemporain. L’artiste parvient ici à conjuguer une forte expressivité gestuelle avec une construction solide de la composition, créant une image à la fois immédiate et profondément introspective. Le travail sur la matière et les superpositions de couches picturales confère à l’œuvre une densité visuelle notable, tandis que l’altération volontaire du regard introduit une dimension émotionnelle marquée. Ce type de production s’inscrit dans une tendance actuelle du portrait contemporain, où la figure humaine est moins représentée pour sa ressemblance que pour sa capacité à traduire des états intérieurs. L’état général de l’œuvre semble satisfaisant au vu des éléments visuels disponibles, avec une surface cohérente et une bonne tenue de la matière. Sur le plan du marché, Benjamin Carbonne s’inscrit dans une scène émergente, et ce type d’œuvre unique, caractéristique de son écriture picturale, peut présenter un intérêt pour des collectionneurs sensibles à une peinture expressive et incarnée.