À propos de l'œuvre
Dans cette sculpture sans titre, Jeremy Thomas poursuit son exploration fascinante du métal en tant que matériau vivant, capable de respirer, de se plier et de se transformer sous l’effet de la pression atmosphérique. Cette œuvre, caractéristique de sa série de sculptures dites « gonflables », est le fruit d’un processus singulier : Thomas soude d’abord des plaques d’acier ou d’aluminium pour former des formes géométriques fermées, puis les gonfle à l’air comprimé, forçant ainsi le matériau à se déformer, à se tordre et à s’épanouir selon ses propres lois physiques. Ici, le métal jaune brillant épouse la courbe du fer rouillé, créant une tension entre douceur et résistance, contrôle et hasard, industriel et organique.
La surface brillante, recouverte d’une poudre pigmentée lisse, contraste avec la texture rugueuse et oxydée du cœur de la sculpture. Ce dialogue chromatique, entre l’éclat artificiel du jaune et la chaleur terreuse de la rouille, évoque la rencontre entre la machine et la nature, entre la précision mécanique et le caractère aléatoire du vivant. À la fois monumentale et sensuelle, l’œuvre semble figée dans un mouvement d’expansion, telle une bulle métallique sur le point d’éclater.
Avis de l'expert
Cette sculpture incarne parfaitement l'approche de Jeremy Thomas, selon laquelle la création devient une expérience physique et intuitive. Refusant d’« apprivoiser » la matière, l’artiste lui laisse la liberté de se façonner sous la pression, en s’en remettant aux tensions internes aléatoires du métal. Ce processus transforme chaque œuvre en une forme unique et irremplaçable, témoignage de la collaboration entre l’artiste, la matière et la force invisible de l’air.
L’œuvre se distingue par la qualité de son équilibre formel : les plis et les renflements du métal composent une géométrie fluide, presque organique, tandis que la couleur, appliquée avec une rigueur industrielle, accentue sa dimension sensuelle et sculpturale. À travers cette tension entre le calculé et l’imprévisible, Thomas renouvelle le langage de la sculpture contemporaine. « Sans titre » exprime pleinement sa philosophie : faire de l’art non pas comme un geste de maîtrise, mais comme un acte de jeu, où science et poésie s’unissent pour donner naissance à des formes aussi puissantes que fragiles.
À propos de l'artiste
Jeremy Thomas (né en 1973 à Mount Vernon, dans l’Oklahoma, aux États-Unis) est un sculpteur américain jouissant d’une renommée internationale pour ses sculptures métalliques « gonflables » aux formes exceptionnellement inventives. Il vit et travaille à Española, au Nouveau-Mexique, où il mène depuis plus de deux décennies des recherches à la croisée de la science, de l’art et de la matière. Diplômé d’une licence en beaux-arts du College of Santa Fe (1996), il a suivi une formation auprès du maître forgeron Tom Joyce, lauréat d’une bourse MacArthur (1995), après avoir découvert la gravure en creux aux côtés de l’artiste abstraite Jean Richardson à Oklahoma City. Cette double filiation, entre savoir-faire rigoureux et liberté plastique, nourrit une œuvre singulière dans laquelle la sculpture devient un exercice d’équilibre entre maîtrise et hasard.
L’univers esthétique de Thomas s’inspire du monde industriel et mécanique : machines agricoles, carrosseries de « muscle cars », outils et produits cosmétiques nourrissent ses formes puissantes et sensuelles, recouvertes de poudres aux couleurs vives ou de patines de rouille naturelles. Ses sculptures, à la fois dures et douces, géométriques et organiques, incarnent la rencontre des contraires — entre le planifié et le spontané, le masculin et le féminin. Refusant le statut d’« artiste », Thomas se définit avant tout comme un créateur d’objets, considérant la création comme un acte pragmatique et ludique : « L’art est la science du jeu », affirme-t-il, revendiquant une approche instinctive nourrie par la vie quotidienne plutôt que par l’histoire de l’art.
Ses œuvres font partie d’importantes collections publiques et muséales, notamment celles de l’Albright-Knox Gallery (Buffalo), du New Mexico Museum of Fine Arts (Santa Fe), du Scottsdale Museum of Contemporary Art (Arizona) et du Frederick R. Weisman Art Museum (Malibu). Il a présenté de nombreuses expositions personnelles, notamment au Phoenix Airport Museum (Airborne, 2019), au Scottsdale Museum of Contemporary Art, à la Kunsthalle de Wiesbaden (Allemagne, 2016) et au Museum Wilhelm Morgner (Soest, Allemagne). Représenté par plusieurs grandes galeries aux États-Unis et en Europe — Charlotte Jackson Fine Art (Santa Fe), la Bentley Gallery (Phoenix), la Galerie Richard (Paris et New York) et la Galerie Renate Bender (Munich) –, Jeremy Thomas s’est imposé comme l’une des figures les plus originales de la sculpture américaine contemporaine, transformant le métal en un matériau vivant et poétique.
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