Jinoos Taghizadeh
Musem of Natural national Heritage
25 × 25 × 44 cm
Unique
Localisation : London, Royaume-Uni
À propos de l'œuvre
Dans cette installation intitulée « Musée du patrimoine naturel national », Jinoos Taghizadeh interroge avec ironie et lucidité les mécanismes de la mémoire collective, du pouvoir et de l’identité nationale. L’œuvre se compose de neuf bustes alignés sur trois rangées, peints aux couleurs du drapeau iranien – vert, blanc et rouge –, évoquant à la fois la fierté patriotique et la rigidité symbolique de la représentation officielle. Ces figures masculines, qui émergent du mur à la manière de spécimens naturalisés, rappellent autant les galeries d’histoire naturelle que les musées d’État, où la mémoire devient un outil politique. Parmi elles, le buste vert du premier rang représente Amir Kabir, le célèbre réformateur du XIXe siècle exécuté sur ordre du Shah, figure tragique de la modernisation avortée de l’Iran. Par ce geste, Taghizadeh réinscrit les figures historiques dans un dispositif critique où se confondent glorification, disparition et fossilisation.
Les bustes, dépouillés de leurs socles et encastrés directement dans le mur, semblent littéralement absorbés par le dispositif muséal. L’artiste transforme ainsi le concept même du musée, censé préserver et transmettre, en un espace d’exposition et de remise en question : que reste-t-il du patrimoine national lorsqu’il est figé, instrumentalisé ou vidé de sa complexité ? La répétition des formes et la rigueur de l’installation suggèrent une standardisation des récits, tandis que la couleur fait office de code visuel de l’idéologie nationale.
Avis de l'expert
« Museum of Natural National Heritage » est une œuvre majeure dans la carrière de Jinoos Taghizadeh, emblématique de sa capacité à allier critique politique, humour et rigueur conceptuelle. En jouant sur les registres du musée, de la taxidermie et du monument, l’artiste propose une réflexion d’une rare acuité sur la construction de l’identité collective iranienne. Chaque buste incarne un fragment d’histoire, un individu réduit à une figure emblématique, puis neutralisé par la répétition et la codification chromatique. Le choix du vert pour Amir Kabir, symbole à la fois d’espoir et d’idéalisme, confère à l’œuvre une dimension poignante : celle d’une mémoire réhabilitée mais toujours menacée d’effacement.
La force de cette installation réside dans la tension qu’elle crée entre attraction visuelle et malaise critique. Les bustes brillants, presque séduisants par leur finition, deviennent des objets de contemplation ambiguë : entre hommage et dérision, entre mémoire figée et histoire vivante. Fidèle à son engagement, Taghizadeh dénonce la manière dont le nationalisme transforme les héros en artefacts, en spécimens inertes d’une « histoire naturelle » du pouvoir. Avec cette œuvre, elle réaffirme le rôle de l’art en tant qu’espace de résistance intellectuelle, un musée alternatif où la mémoire retrouve sa vitalité critique et son humanité perdue.
À propos de l'artiste
Jinoos Taghizadeh (née en 1971 à Téhéran, en Iran) est l’une des artistes multidisciplinaires, militantes, écrivaines et éditrices iraniennes les plus influentes de sa génération. Impliquée dans la scène artistique contemporaine depuis près de trente ans, elle a débuté sa carrière en 1984 et s’est rapidement imposée comme une figure majeure de l’art conceptuel et engagé iranien. Titulaire d’un diplôme en sculpture de l’université de Téhéran (2000) et d’un diplôme en littérature dramatique du Centre culturel de Niavaran, elle a développé une pratique artistique protéiforme qui englobe la sculpture, la peinture, la vidéo, la performance, l’installation et la gravure. Ses œuvres abordent avec audace des questions politiques, sociales et environnementales, tout en mettant en lumière la condition des femmes et les zones d’ombre de l’histoire contemporaine iranienne.
Ses œuvres ont été présentées dans de nombreuses institutions prestigieuses et lors d’expositions internationales, notamment au Chelsea Museum (New York), au musée MAXXI (Rome), à la Whitechapel Gallery (Londres) et à la Kunsthalle de Wiesbaden (Allemagne), où elle a bénéficié d’une grande exposition personnelle en 2016. En Iran, elle a participé à la première exposition d’art conceptuel au Musée d’art contemporain de Téhéran en 2000. Parmi ses expositions personnelles les plus marquantes, citons « Letters I Never Wrote » (galerie Stiftelsen 3,14, Bergen, 2017), « Open Wiring » (galerie O, Téhéran, 2015) et celle organisée à la galerie Hinterland (Vienne, 2019). Son travail a également été présenté dans de nombreux projets collectifs tels que « Iran Inside Out » (Chelsea Art Museum, 2009) et plusieurs Biennales de sculpture de Téhéran. Bénéficiaire de résidences internationales prestigieuses, notamment à la Royal Hibernian Academy de Dublin (2017), à la Villa Empain - Fondation Boghossian (Bruxelles, 2018) et le Banff Centre (Canada, 2023), elle incarne une voix singulière et courageuse, à la croisée de l’art, de la mémoire et de la résistance. En 2018, une salle pédagogique de la Faculté des Beaux-Arts de Bergen a été baptisée « Jinoos Room » en son honneur, consécrant ainsi son influence durable sur la scène artistique internationale.
D'AUTRES OEUVRES SUR ARTRANSFER
Your Dynamic Snippet will be displayed here...
This message is displayed because you did not provide both a filter and a template to use.

