À propos de l’oeuvre : Réalisée en 1967, Horsphere arrachée (2) est une gravure sur bois de Jean Degottex mesurant 120 x 80 cm, qui s’inscrit dans les recherches radicales de l’artiste autour du geste, du vide et de la tension entre apparition et effacement. La composition est dominée par une forme circulaire sombre, presque cosmique, semblant émerger ou se détacher du fond par un processus d’arrachement visible dans la matière même du support. La surface granuleuse, ponctuée de stries horizontales et de traces incisives, révèle une action directe sur le bois, où la gravure devient un acte physique autant que mental. Le cercle, imparfait et vibrant, n’est pas une figure stable mais une présence fragile, suspendue entre densité et disparition, renforcée par les zones abrasées et les marques de frottement qui traversent la composition. L’ensemble dégage une impression de silence tendu, de respiration contenue, caractéristique du travail de Degottex à cette période.
À propos de l’artiste : Jean Degottex est né le 25 février 1918 à Sathonay-Camp, en France, et est mort le 9 décembre 1988 à Paris. Il est considéré comme l’une des figures majeures de l’abstraction française de l’après-guerre. Issu d’un milieu modeste et en grande partie autodidacte, il quitte l’école très jeune et s’installe à Paris, où il fréquente les académies libres de Montparnasse et les milieux libertaires. Après un service militaire effectué en Tunisie et en Algérie entre 1939 et 1941, il réalise d’abord une peinture figurative influencée par le fauvisme. À partir de la fin des années 1940, Jean Degottex s’oriente définitivement vers l’abstraction. Proche dans un premier temps de l’abstraction lyrique, il développe progressivement une peinture plus épurée et gestuelle, centrée sur le rapport entre le geste, le souffle et le vide. Son travail est profondément marqué par son intérêt pour la calligraphie extrême-orientale, la pensée zen et une conception de la peinture comme acte méditatif, visant à l’effacement de l’ego et à une économie radicale de moyens. Lauréat du Prix Kandinsky en 1951, Degottex mène une recherche exigeante et constante, explorant différentes séries emblématiques telles que Les 18 Vides, Les Sept Métasignes ou Écritures. À partir des années 1970, il élargit encore son champ d’expérimentation en travaillant sur le papier, les pliages, les déchirures et la matérialité du support. L’œuvre de Jean Degottex se caractérise par une quête de silence, de tension et de respiration, où chaque trace devient essentielle. Son travail est aujourd’hui conservé dans de nombreuses collections publiques et privées et occupe une place centrale dans l’histoire de l’abstraction européenne.
Avis de l’expert : Cette œuvre constitue un exemple particulièrement abouti de la période de maturité de Jean Degottex, où la gravure devient le lieu d’une confrontation essentielle entre la forme et son effacement. Horsphere arrachée (2) illustre avec force la manière dont Degottex dépasse toute référence figurative pour atteindre une écriture plastique autonome, proche de la pensée zen et de la calligraphie extrême orientale, sans jamais les imiter. Le cercle arraché agit ici comme une trace d’énergie plutôt que comme un motif, témoignant d’un geste unique, irréversible, inscrit dans la matière. Par sa maîtrise technique, son intensité visuelle et sa cohérence conceptuelle, cette gravure s’impose comme une pièce significative dans l’œuvre de Degottex et comme un jalon important de l’abstraction européenne de l’après guerre.