Second marché de l’art : bilan mitigé pour ce premier semestre 2023

En 2022, nous observions une hausse du montant des ventes mondiales globales de 3% sur le marché de l’art, comparativement à 2021. Le marché atteignait alors une valeur totale de 67.8 milliards de dollars, dépassant la valeur du marché de l’art pré-Covid. Le second marché, marqué par de prestigieuses ventes tout au long de l’année, comptait pour presque la moitié de ce résultat, avec un produit des ventes total de 30.6 milliards d’euros. Si le second marché de l’art semblait donc avoir le vent en poupe, qu’en est-il de ce premier semestre 2023 ?

La première place de marché : les Etats-Unis

L’an passé, le marché de l’art Américain était au beau fixe grâce à des ventes prestigieuses chez Christie’s telles que celle de la collection Anne H. Bass en mai ou la vente de l’œuvre Shot sage Blue Marilyn de Andy Warhol, adjugé à 195 millions de dollars. C’est donc sans grande surprise que l’on constate une baisse du montant total de vente de -38,8% sur ce premier semestre 2023 pour la maison de vente. Le plus haut résultat de vente pour cet exercice est dû à une œuvre de Jean-Michel Basquiat, El Gran Espectaculo (The Nile), datant de 1983 et vendue pour 67 millions de dollars chez Christie’s, soit trois fois moins que le record de Warhol de l’an passé à la même période.

Afin de se rendre compte de l’état du second marché américain, il convient plutôt de constater les résultats enregistrés par les maisons concurrentes, qui observent toutes des hausses de leurs produits de vente. La plus remarquable de ces progressions est celle de Sotheby’s, concurrente directe de Christie’s qui voit son produit augmenter de 37%.

Enfin, le nombre de lots vendus aux enchères aux Etats-Unis enregistre lui aussi une légère croissance, permettant d’affirmer que le milieu des enchères y maintient son cap malgré des résultats numéraires moins impressionnants que ceux du premier semestre de l’an passé.

Le second marché en France, un bilan inquiétant ?

L’an passé, la France représentait 7% de part du marché global, soit sa plus grande part de la décennie. Si ce record présageait alors un second souffle pour le second marché, ce premier semestre 2023 se veut plus mitigé.

En effet, alors que l’an dernier la vente du Panier de fraises des bois de Jean-Baptiste Siméon Chardin atteignait les 26,8 millions de dollars chez Artcurial Paris en mars, l’adjudication la plus haute de cet exercice n’atteint que 4,9 millions de dollars pour le Nu couché II de Henri Matisse, peint en 1927. Le produit des ventes des maisons a d’ailleurs drastiquement diminué, avec notamment une baisse constatée de -68% pour Artcurial. Si de telles comparaisons n’étaient pas représentatives de l’état du marché américain, elles semblent fidèles à celui du marché français.

En effet, le produit des ventes français chute parallèlement au nombre de lots vendus. C’est ainsi que Christie’s France enregistre 38% de baisse sur ses lots vendus et Aguttes 58% ; des taux impressionnants qui n’atteignent pas Sotheby’s France, dont le chiffre d’affaires diminue malgré tout de -40%.

La France semble donc avoir fait un virage à 180°, revenant à des chiffres similaires à ceux de la période pré-covid. Si cela peut s’expliquer par le contexte économique et politique actuel, le marché français semble toutefois plus impacté que les autres pays partageant cette situation avec une baisse totale de -39% de son chiffre d’affaires. Nous pouvons citer, à mesure de comparaison, le second marché allemand qui connaît une progression de +6% par rapport au premier semestre 2022.

Ce déclin peut également s’expliquer par le souhait des collectionneurs de se détacher des ventes aux enchères, celles-ci prenant des commissions importantes pouvant atteindre jusqu’à 40% du prix marteau. Cette volonté se manifeste notamment dans l’apparition de nouveaux acteurs du second marché, à l’instar d’Artransfer, plateforme de revente d’œuvres d’art contemporain uniquement entre particuliers à la commission la plus basse du marché (6% de commission prise à l’acheteur, et 6% prise au vendeur).

Si des ventes telles que celle de la collection Alain Delon, estimée aux alentours de 5 millions d’euros) laissent entrevoir un léger espoir pour le second marché français pour le second semestre 2023, il semble être déjà trop tard pour espérer atteindre un résultat annuel similaire à celui de l’an passé.

Pierre-H. Way pour Artransfer

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